cybersahara
les racines secrètes du palmier

Abrège l’agonie

lundi 25 septembre 2006 par chekib abdessalam

essuie une larme

Sur l’autre continent, Lamine me rejoint à mes heures guerrières. J’abrège l’agonie, essuie une larme que personne ne remarque.

N’aménage jamais un bunker, tu y seras bombardé, murmurai-je, tout bas. « Bombé, cadavéré », comme disait le brigadier Savary. L’air irrespirable des tocards s’y infiltrera. Choisis la clandestinité de la mouvance. Choisis entre te confier et savoir te taire au bon moment. Lourd portail, manteau de passivité, vêtement de glace, résidus, morcellement, éloigne-les. Gare à toi. Veille à ne pas te condamner à ta propre perte. Si, tel un hérisson fomentateur, trublion fennec, sans prendre un air soupçonneux, les détenus, conjurés chéris, creusent une galerie pour s’échapper, instinctivement, les fils du puisatier d’un jardin aux dix mille antilopes actionnent le treuil et remontent les gravats. Partageurs, ils blablatent, parlent de tout et de rien, ne sont que des survivants : ils craignent les représailles, le désarroi, le cortège réprimé, la rocade défigurée, blessures et souffrances. Le reflet du pur hasard s’insinue entre les mailles de l’histoire intime d’un coin de cour, un coin d’Afrique. Il est temps que, désormais, de bouche à oreille, se transmette le secret. Le diseur ne ménage pas ses effets. Le goual transforme l’image en aqwal. L’aqwal devient awal. Et inversement. C’est kif-kif. Normal, on élude la première consonne. Gens simples, sans équivoque, ne vous excusez point de l’écouter distraitement. Le credo de la déception plane. Un style probant de non-vie entre quatre apocalypses dresse les mentons, tire la barbichette à la quadriphonie murale. Suspens, ironie, personne ne sait où est passé le chaperon rouge. Tarif, rançon, il a du partir chercher la monnaie. On aimerait entendre les mouches voler, les moteurs démarrer, s’envoler les rafales, les mirages, les concordes, les furtifs, les antonovs, décoller les fokkers, la lumière impressionner, l’avant-veille du voyage empêcher de dormir. Seule une secrète organisation empêcherait de tomber dans le piège tendu par les stratèges d’un safari de mercenaires et par les magiciens de l’alibi. Car, à l’impasse des mots, rester sans voix serait sans issue, il reste à apprendre le langage des gestes des malentendants. A l’insu de la garde impériale et de sa prêtraille factionnaire, les prisonniers rescapés se concertent, choisissent les méthodes appropriées.
Méfiance.


Catapulte-toi

Toi, prisonnier moyen, objet, sujet ou complément statistique, ne trébuche pas. Découpe d’un décor, la gloire de la dodécacophonie. Déjoue. Brouille les pistes. Soit kaléidoscope. Mélange les pièces du puzzle. Arme-toi d’une inflexible volonté, invulnérable ténacité. Esprit clair, regard immédiat, répercute le tumulte. Catapulte-toi jeudi et lundi, ces jours sont favorables au voyage. Les yeux rouges clignent, sèchent leurs larmes au vent. A grands pas de géant, dans la nuit claire du dimanche au lundi, un bon génie arrive décidé à dévorer ou à faire fuir les mauvais esprits qui hantent les parois du boeïng et les vitres fragiles du sablier évasif.
Sache Gazelle :
Volatile, l’alternatif ami, le multiple orphelin, la mère affolée, le père esseulé, se posent souvent la même question. Pourquoi s’acharner à détourner tristesse, le burlesque ne s’en donne-t-il pas à cœur joie ? Approche, à pas de danse, saccadé, de derrière les barreaux du parc, jouvenceau buissonnier, assiste au carnage. Entre pénombre, entrées des maisons basses, phares des motards, véhicules stationnés et fer forgé, jaillissent les matraques, vont et viennent, tandis que les grenades lacrymogènes provoquent les larmes abondantes, la vasoconstriction, l’irritation des voies aériennes supérieures et la toux revêche.

vers un terminal de chargement

Ici, aucune foule contradictoire, aucun parisien de charme, aucun bateau de commerce, cargo huileux, aux départs imprécis, ne traînent sur le chemin des incendies artificiels. Aux bords des buissons décomposés, dans la fumée métalliphobe des carlingues, ni tremblements, ni hésitation, ni petits métiers, ni grossière mécanique, brutale manutention aux doigtés d’un cliquètement artisanal. Endormi, l’esprit traverse l’empire du rêve. Une canalisation gorgée du sang noir de sous terre fonce comme une Ferrari vers un terminal de chargement. Une poussière de tuf annihile les échappées à l’air libre. Au cœur d’une étrange vallée, le lointain et l’inaccessible s’étendent d’eux-mêmes. Au plus prés, des minus et des travailleurs de force poussent des marchandises cependant que des blancs-becs s’affairent aux quatre coins du monde : manches retroussées, ils boursicotent.

En centre de vacances

En centre de vacances, drapeau vert erroné, rafales de secteur sud-est, à l’aqueduc, au ponton, en surimpression, l’analogique autosuffisance veut que tu plonges : ne te laisse pas faire. Elle peut naître la foi messianique des organisateurs du secret. Rhumatisants, surmenés, en pantalons boutouil trop serrés, rapiécés, les bergers sans troupeau construisent de leurs mains le nouveau quartier illicite : celui de Banat El Mahdi, les filles de l’annonciateur du Messie qui préparent du thé et donnent la main aux hospitalités.

Extrait du roman
3m2 pour l’antilope



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