cybersahara
Les filles et l’oeil des baramika 4

Attachant béaba

dimanche 24 septembre 2006 par Abdessalam Idriss

resplendissantes de beauté

En ce grand jour de rencontre féminine. Lui, gamin sauvage et maladroit, elle, timide, amusée. Pieds et jambes nues, argiles bruns des murs de la ruelle, Halima, c’est bien elle, la fillette de l’école coranique, fille de la fille d’ElHadj Mohammed-Mahmoud qui n’eut jamais de garçon mais à qui Dieu, par sa grâce et sa bonté, donna deux filles resplendissantes de beauté, de santé et de savoir. Bien plus tard, les filles devenues mères, à chaque départ de leur père, en déplacement avec Idrissi ou Goma, recommandent à leurs compagnons de le soutenir avec courage, quelques soient les épreuves, fidèlement, ne pouvant s’empêcher de pleurer avec lui. Affectif instinct, chagrin héréditaire. Que Dieu récompense les filles qui aiment tant leurs parents et les parents qui aiment tant leurs filles. Bien sûr cela est naturel mais pas toujours vrai. L’une de ces deux filles, fières et confiantes, qui valaient autant et plus que de solides garçons, avait elle-même deux filles dotées de si belles voix pour chanter sous la khayma. Elles en peuplent les rêves d’une courte mélopée. « ô mon Dieu, nous te remercions... » :

« Adrak Yallagh
Tanemert nanagh ... ».

aussi rapides qu’inoubliables

Avec son ami « Faucon », dit Aloullem, elle n’ignore pas qu’un seul de ses regards peut transpercer tel un coup d’épée. Pendant les salutations, à part le fait d’écouter, presque entendre, les expressions d’usage quelquefois insistantes, elle attrape au vol le ton de la voix. Primordial, il établit une véritable communication sensorielle, la première, qui, si souvent, détermine de nombreuses amitiés indéfectibles, au gré de rencontres aussi rapides qu’inoubliables, celles qui font partie des nécessités inépuisables de la route, des pistes utiles, du chemin de la vie. On s’y arrête pour bivouaquer. Chacun partage ses provisions. On ne mange jamais seul, au risque de se voir attribuer un sobriquet moqueur qui sera transmis, deviendra attribut familial, voire tribal. Ne serait-ce familiarité ou en sympathie, mieux vaut éviter l’avarice, ce refus de partager.

A l’école

Semblable aux autres élèves, rapidement initiées par leur intuitive générosité, Halima évolue dans le cercle rayonnant des premiers maîtres. A l’école des Baramikas, prés de la Casbah du Jardin céleste, Elhassan reprendra, plus tard, par intermittence, l’étude des sciences traditionnelles. Disciple, il aura droit, avec ses camarades, à un festival d’honneurs, de fierté et de mérite. Moulay Abdelkader, charif secrètement admiré pour ses gestes lumineux, le prend à l’écart. Dans la salle réservée aux invités, ouvrant une malle, il s’approche de lui tenant un petit coffret peint. Il en extrait, collier de perles en bois, de pierres colorées et d’ambre, le chapelet de Sidi Boulenouar, précurseur, dont la fille épousa le fondateur de la zaouïa, bâtisseur de sa première casbah. Il lui passe le chapelet sur le visage. Elhassan le garde un instant entre ses mains.

Elucidant

Lauréat, instruit et récompensé, il n’oubliera pas, non plus, parmi les élèves, les filles des andalous, plus blanches, comme des filles-lunes de la lointaine Fès, de la mélancolique Gharnata ou de la nostalgique Qortouba, fleurons des Ouled-Salem et des Bani Mansour qui auraient conservé la clef des anciennes demeures car nul n’est censé ignorer la prédiction du retour aux émirats des huit siècles de lumière. Il maîtrise sa grammaire maintenant qu’il assimile la poésie mnémotechnique en mille vers, « El Alfiya », composition d’un célèbre érudit andalou. Elucidant l’attachant béaba, au retour de première traversée en solitaire, rendu au désert, l’écolier deviendra garçon adulte.



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